« Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. »
Montesquieu

Catégorie : Libertés publiques

UEFA étrangement silencieuse.

 » Il y a malheureusement des événements tragiques qui se déroulent presque quotidiennement partout dans le monde, et il serait tout simplement irréaliste de rendre hommage à toutes les victimes. Nous condamnons fermement toute sorte de violence, y compris les attaques d’Orlando, et nous exprimons notre profonde sympathie aux victimes de cette horrible tragédie et à leurs familles  » a déclaré l’UEFA : il n’y aura donc pas de minute de silence lors des trois matchs de ce jour.

Si l’on peut entendre l’argument concernant la multiplicité des événements tragiques, l’on ne peut que regretter cette déclaration qui, si elle cite la ville où a eu lieu la fusillade, ne prend même pas la peine de préciser qu’il s’agit là d’une attaque homophobe perpétrée dans une discothèque gay ; alors que la Marie de Paris arbore l’arc-en-ciel du drapeau LGBT et Anne Hidalgo a adressé « un soutien fort à tous les gays, lesbiennes bi et trans meurtris par une attaque qui vise à remettre en cause la première de leurs conquêtes : le droit de vivre en paix ».

Dans un sport régulièrement épinglé pour ses dérives homophobes, une telle mesure aurait eu un poids symbolique important. Faut-il rappeler à l’UEFA les nombreuses initiatives prises dans de très nombreux sports, y compris aux États-Unis, au lendemain des attentats perpétrés en France en janvier et novembre 2015. Certains morts seraient-ils pour les instances dirigeantes de l’UEFA moins dignes de respect que d’autres ?

Droit de manifester vs état d’urgence

L’information circule depuis hier, plusieurs personnes ont reçu une interdiction administrative de manifester.

Ce document indique « considérant que, en raison de la prégnance de la menace terroriste dont l’extrême gravité et l’importance des risques ont conduit le parlement à prolonger pour une seconde fois le régime de l’état d’urgence pour une dure de trois moins à compter du 26 février 2016, les forces de l’ordre demeurent fortement mobilisées pour assurer, dans ces circonstances, la sécurité des personnes et des biens.

Considérant que M. X a été remarqué, à de nombreuses reprises, lors de manifestations contre, notamment, les violences policières et le projet de réforme du Code du travail ; que ces manifestations ont dégénéré en troubles graves à l’ordre public et notamment des affrontements violents avec les forces de l’ordre ; que des groupes d’individus masqués et portant des casques sont systématiquement à l’origine de ces désordres ; qu’il y a, dès lors, tout lieu de penser que la présence de M. X aux rassemblements organisés contre le projet de loi visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs vise à participer à des actions violentes ; que, compte tenu de ces éléments, il y a lieu d’interdire sa présence à la manifestation organisée le mardi 17 mai 2016 conjointement par l’Union Régionale Île-de-France CGT, FO, SOLIDAIRES, l’UNEF, l’UNL et la FIDL ainsi que place de la République. »

L’on ne peut que s’étonner de l’utilisation de l’état d’urgence -qui aurait dû être un état d’exception mais qui semble, tout comme le plan Vigipirate avant lui, devenir l’état normal- pour réprimer un mouvement social et limiter le droit de manifester alors que, comme le document préfectoral le précise, l’objet de l’état d’urgence est de lutter contre la menace terroriste. Le lien entre les deux éléments est pour le moins difficile à établir, sauf, apparemment, pour le Préfet de Police. De plus, l’appréciation de ce même Préfet sur la loi travail assez inattendue et semble en décalage par rapport au devoir de réserve d’un fonctionnaire, aussi haut placé soit-il.

L’état d’urgence avait déjà été utilisé contre la COP 21, il serait temps que le gouvernement cesse de détourner tous les moyens juridiques pour tenter de faire passer en force un texte dont il est clair que personne, sauf le Medef, ne veut.

La démocratie n’est pas négociable, le Comité de l’ONU contre la torture vient de le rappeler en faisant part de sa préoccupation face aux violences policières en France. « Le Comité est préoccupé par les allégations d’usage excessif de la force par les fonctionnaires de polices et de gendarmerie ayant, dans certains cas, entraîné des blessures graves ou des décès. »

Du bon usage des prénoms

La nouvelle s’est vite répandue : Robert Ménard a déclaré sur le sur le plateau de Mots Croisés, sur France 2, détenir des statistiques religieuses sur les enfants fréquentant les écoles publiques de la ville de Béziers. Pour faire bonne mesure Robert Ménard a ajouté « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence… » Cela traduit une étrange et angoissante vision du monde. Les parents ne choisiraient donc les prénoms qu’en fonction de leur religion : les parents des Erwan, Gaël et autres prénoms celtes seraient donc sans aucun doute des adeptes du druidisme ayant échappé pendant des siècles aux foudres de l’inquisition. Les filiations interreligieuses se reconnaîtraient sans aucun doute à un double prénom. Quant aux parents athées il ne reste qu’à présumer qu’ils choisissent les prénoms de leurs enfants dans le calendrier révolutionnaire. Et bien sûr, dans le respect du sacro-saint triptyque Travail-Famille-Partie, les enfants conservent tous la religion de leurs parents, comme Jésus de Nazareth.

Quant à Robert Ménard, son prénom évoque pour moi non pas l’Église sainte catholique et apostolique mais un grand monsieur, Paul Robert, grand amoureux de la langue française dont, faut-il le rappeler, plus de la moitié des locuteurs n’est pas de nationalité française, la francophonie rayonnant largement au-delà de nos frontières que d’aucuns voudraient étanches. Ce joli mot de francophonie ayant été employé pour la première fois par un anarchiste, le géographe Elysée Reclus.

Robert Menard, après avoir été Reporters Sans Frontières, devenu maire sans limites, dussent-elles légales ; de la ville de Béziers a déclaré « Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait… ». Cette absence de scrupules ajoutée à l’aveu d’une infraction pourrait prêter à sourire si ce n’était là la mise en œuvre d’une politique ségrégationniste.

Le procureur de Béziers a annoncé ce mardi l’ouverture d’une enquête préliminaire.

 

Suspension du droit ?

Ce matin 21 mars Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a fait une déclaration à la presse. Il a notamment indiqué que « le frère du suspect, peut-être, Monsieur le Procureur, le coupable présumé peut-on dire. Le frère du coupable présumé a été également interpellé. »

Or la présomption d’innocence est en France un principe constitutionnel. En effet le préambule de la constitution précise que « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789. », et l’article 9 prévoit que « Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne, doit être sévèrement réprimée par la Loi. »

Cette présomption est aussi formulée l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 de l’ONU, et l’article 9-1 du Code civil rappelle que « Chacun a droit au respect de la présomption d’innocence. »

Ce dérapage verbal est d’autant plus surprenant que le Ministre sollicite l’aval d’un magistrat. Doit-on en déduire que le droit peut être, comme la campagne électorale, « suspendu » ?

 

Fin de manifestation

Si l’on en croit les principaux organes de presse, « Quelque 1.200 personnes, selon les chiffres de la préfecture de police de Paris, ont manifesté cet après-midi ( 31 janvier)  en soutien à l’appel des comités de soutien à Julien Coupat » Le Figaro (1)

 

« Des incidents ont eu lieu lorsque le cortège est passé à proximité de la prison de la Santé (XIIIe arrondissement), où est détenu Julien Coupat, … Des tirs de feu d’artifice à l’horizontale, des jets de projectiles et de fumigènes ont visé les CRS, qui maintenaient un important cordon, avec grilles et canon à eau, pour empêcher les manifestants de s’approcher de la prison. » Le Monde (2)

 

« Ces échauffourées ont occasionné huit blessés dans les rangs des forces de l’ordre, dont deux ont dû être hospitalisés. Les policiers ont procédé à quinze interpellations « en flagrant délit », selon la PP, pour tir de fusées, outrage à agents de la force publique ou détention de produits stupéfiants….Le cortège est arrivé sans autre incident place Denfert-Rochereau (XIVe arrondissement), où a eu lieu la dispersion. Les derniers manifestants ont été dirigés vers le métro par la police peu après 18H00″

AFP (3)

 

J’étais l’un des 1.200 manifestants selon les chiffres de la préfecture de police de Paris. Et je me dois de reconnaitre que certains des faits sont conformes à la réalité, même si l’appréciation du nombre de manifestants par la préfecture de police de Paris est toujours surprenante. A proximité de la prison de a Santé le dispositif policier était en effet impressionnant, la Bastille ne bénéficiait surement pas d’une telle protection le 14 juillet 1789, mais si effectivement des feux d’artifices ont été tirés, il ne m’a jamais semblé que l’objectif des manifestants était la prise d’assaut de la prison…

 

Par contre les conditions d’au moins une des interpellations en fin de manifestation me paraissent surprenantes.

J’ai pris, comme beaucoup de manifestants, le RER à Denfert-Rochereau. A l’accès de la zone RER, derrière les portillons se tenaient un groupe de policiers. Plusieurs jeunes ont franchis les portillons, avec des tickets, devant moi et l’un d’eux a été interpellé par les policiers, collé au mur et fouillé. Quelques voyageurs se sont arrêtés immédiatement. Un policier indiquant que le jeune était retenu pour détention de stupéfiant. Rapidement un attroupement s’est formé, le fait que le jeune interpellé que les policiers ne relâchaient pas était noir n’était visiblement pas fait pour calmer les choses, l’accusation de police à la solde d’un état raciste à rapidement fusée.

La suite est l’on ne peut plus classique, de plus en plus de monde dans l’attroupement, des renforts de police, le jeune jeté au sol puis menotté, une bousculade, et pour finir des lacrymogènes dans les couloirs du RER…

 

 

Au vu d’une telle interpellation, je ne peux que m’interroger sur le rôle assigné à la police sur une fin de manifestation. En effet, cette manifestation comme le note l’AFP se termine sans autre incident place Denfert-Rochereau. Dans ces conditions à quoi sert ce contrôle et cette interpellation dans les couloirs du RER.

Si le maintien de l’ordre public est l’objectif recherché il semble préférable de laisser partir les manifestants qui quittent paisiblement le lieu de la fin de la manifestation plutôt que de créer un nouveau point de tension.

L’objectif recherché aurait-il été donc autre sur cette fin de manifestation de soutien à l' »ultra-gauche » ?

 

 

 

(1)http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/01/31/01011-20090131FILWWW00712-1200-manifestants-en-soutien-a-coupat.php

(2)http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/01/31/tarnac-1200-personnes-manifestent-pour-julien-coupat_1149246_3224.html#ens_id=1103607

(3)http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jbzr4X9nGG35DhHm5vyo4HUaO67g

 

 

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