« C’est qu’au fond, il n’y a qu’une seule race : l’humanité. »
Jean Jaurès

Catégorie : Réfugié·e·s

Ségolène, Jean-Marc et Marina.

Selon une dépêche de l’AFP Ségolène Royal s’est exprimée ce jour sur Canal + à la fois sur la révocation de la semi-liberté qui avait été accordée à Jean-Marc Rouillan, et sur la non-extradition de Marina Petrella.

Concernant Marina Petrella, Ségolène Royal n’a pas voulu se prononcer faute d’accès au dossier médical qui a justifié la décision française. Il est on ne peut plus normal qu’elle n’ait pas eu accès au dossier médical, et l’on ne peut que s’étonner, à contrario, de la grande compétence médicale dont fait preuve le ministre italien de la défense, Ignazio La Russa, qui au vu d’images vues à la télévision, estime qu’elle a l’air « bien reposée » et en « meilleure » forme que lui. Il faut dire que les images en question datent de plusieurs mois…

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Liberté conditionnelle pour Marina Petrella

La Cour d’appel de Versailles a décidé hier la remise en liberté sous contrôle judicaire de Marina Petrella, cette demande de remise en liberté sous contrôle judicaire ayant été requise par le parquet général en raison de « l’état de santé de Marina Petrella et du problème de la compatibilité des soins et de son traitement avec sa situation ».

C’est une décision qui va dans le bon sens,

« C’qui prouve qu’en protestant quand il est encore temps.

On peut finir par obtenir des ménagements ! » (Boris Vian)

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Marina Petrella, justice ou vengeance ?

Dans les années 1970 en Italie, de très nombreux jeunes militants dont la révolte s’était radicalisée choisirent la lutte armée. Marine Petrella en faisait partie.

En 1982 elle est arrêtée, elle passe 8 ans dans les prisons spéciales italiennes avant d’être libérée pour expiration des délais de détention préventive.

En 1993, elle est condamnée à perpétuité dans le cadre de lois d’exception, pour des faits remontant aux années 79 à 82.

Elle vient en France, François Mitterrand, alors président de la République, avait accordé à quelques centaines d’Italiens – en pleine connaissance de la gravité des faits qui leur étaient reprochés et de façon indifférenciée les uns par rapport aux autres – un asile en France avec sa fille , ses avocats avertissent alors les autorités judiciaires françaises de sa présence.

Marina Petrella réside en France de façon continue, en situation régulière, elle dispose d’un titre de séjour, reprend ses études, passe des diplômes, est salariée de structure publique…

Le 21 août 2007, convoquée pour des formalités administratives, Marina est arrêtée au commissariat d’Argenteuil, à la suite d’une demande d’extradition du gouvernement italien.

 

La condamnation date d’une quinzaine d’années, les faits de plus de 25 ans. Quel serait donc le sens de cette incarcération aujourd’hui ?

SI la sanction pénale a pour objet d’aider à la réinsertion sociale du délinquant, elle serait ici sans objet Marina Petrella est parfaitement insérée/ré-insérée dans la société française où elle vit, travaille et a fondé une famille. La sanction n’aurait pas plus de sens s’il s’agissait de protéger la société de la dangerosité, Marina Petrella a tourné la page de la lutte armée il y a des années.

 

Par contre, de nombreuses interventions favorables à l’extradition évoquent pêle-mêle l’absence de repentir de Marina Petrella et les victimes qui n’ont pas pardonné.

Ces deux points semblent très liés et renvoient à une conception particulière de la sanction pénale.

Le pardon des victimes n’est pas une catégorie juridique, la justice s’est construite contre la notion de vengeance et la loi du talion. Même si les victimes crient vengeance la société, elle, doit se contenter de leur rendre justice; aucun droit pénal ne reconnaît aujourd’hui la nécessité d’enfermer à vie tous  les auteurs d’actes délictueux ayant entraîné la mort d’autrui, quelle que soit la douleur des proches des victimes. Et cela est aussi vrai pour les familles des 85 tués de l’attentat de la gare de Bologne, pour les familles des travailleurs de l’amiante et pour tant d’autres.

Quant au repentir, loin de la notion catholique de changement profond qui s’opère dans l’homme lorsqu’il reconnaît son péché devant Dieu, exprime le regret de sa faute et en demande pardon, il s’agit ici de la notion de repenti mise en oeuvre par la législation italienne. Le repenti n’est pas là celui qui regrette sa faute, mais celui qui dénonce ses anciens complices pour obtenir l’immunité.

Notion mise en œuvre dans le cadre des lois d’exception mais notion déjà ancienne et crée à Rome avec la création de l’inquisition médiévale dans les années 1230 par le pape Grégoire IX. En effet la procédure utilisée par l’inquisition débutait par un délai de grâce au cours duquel  ceux qui se présentaient et confessaient spontanément leurs fautes se voyaient imposer une pénitence religieuse mais échappaient aux sanctions du pouvoir civil, avec en contre partie l’obligation de dénoncer les hérétiques.

Outre l’aspect moralement douteux de s’appuyer sur une délation récompensée, cette procédure était aussi une incitation à dénoncer le premier, incitation recrée par la notion « moderne » de repenti.

Le parallèle que l’on pourrait poursuivre avec les procédures d’interrogatoire n’est pas anodin. L’inquisition ne pourchassait pas des criminels mais avait pour vocation d’éradiquer une hérésie et donc, les hérétiques qui contestaient l’ordre religieux et donc l’ordre social.

L’objectif serait il le même aujourd’hui ?

La sortie d’une période de violence ne peut pas se faire par la vengeance. Une amnistie sera nécessaire qui seule permettra d’écrire l’histoire de ces années de plomb et surtout d’essayer de les comprendre.

Mais hélas il ne semble pas que ce soit la voie emprunté par les gouvernements occidentaux. De la demande d’extradition de Marina Petrella à la criminalisation des acteurs sociaux la logique est la même, maintenir l’ordre établi et éradiquer la subversion.

Marina Petrella, justice de classe

Marina Petrella est « soignée et bien soignée » a déclaré Rachida Dati, et elle poursuit « Les conditions de détention sont équivalentes et les soins qui peuvent être prodigués en Italie sont similaires à ceux qui peuvent être prodigués en France ». Quand on sait que selon son médecin traitant elle est « en danger de mort », qu’elle est en grande « dénutrition », ayant perdu 20% de son poids depuis son arrestation et pesant aujourd’hui 39 kg, on ne peut que s’interroger sur la qualité des soins dont nous parle Rachida Dati.

Mais au delà de son cynisme cette déclaration est surtout une manière de réfuter la demande d’application de la « clause humanitaire », prévue par la convention européenne d’extradition de 1957. En effet la possibilité de refuser l’extradition est liée à un aggravement de la situation de la personne extradée, aggravation niée par Rachida Dati dont nous ne connaissions pas encore les compétences médicales.

 

Aucun argument n’aura donc été épargné, tour à tour par Nicolas Sarkozy et Rachida Dati pour justifier cette décision d’extradition.

 

Nicolas Sarkozy évoque l’absence de base légale à la doctrine Mitterrand, François Mitterand alors président de la république s’était engagé à ne pas extrader « les réfugiés italiens qui ont participé à l’action terroriste avant 1981…ont rompu avec la machine infernale dans laquelle ils s’étaient engagés, ont abordé une deuxième phase de leur propre vie, se sont inséré dans la société française ». Il est tout de même surprenant que cette absence criante de base légale n’ait été découverte que si tardivement. Elle a engagé la France pendant trois septennats, soit deux présidents de la République, et neuf Premiers ministres. Et même le porte parole du gouvernement Balladur de 1933 à 1995 ne l’a pas dénoncée, .il s’appelait Nicolas Sarkozy.

 

Nicolas Sarkozy oublie de mentionner par contre que Marina Petrella a été jugée selon les lois “ spéciales ” de l’Italie des années de plomb avec ses tribunaux spéciaux et ses procédures  dénoncées par de nombreuses associations de défense des droits de l’Homme.

 

Enfin Nicolas Sarkozy ne s’émeut pas du cynisme de son ami Silvio Berlusconi. Alors qu’il réclame l’extradition de Marina Petrella et refuse toute amnistie, Silvio Berlusconi vient de faire voter une loi lui accordant l’impunité et suspendant son procès en cours pour corruption de témoin, pour des faits beaucoup moins anciens.

 

La justice de classe se porte bien !

 

Marina Petrella doit être libérée.

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